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Texte à méditer :   “La France est un vieux pays, mais elle est aussi une Nation jeune, enthousiaste, prête à libérer le meilleur d’elle-même pour peu qu’on lui montre l’horizon, et non l’étroitesse de murs clos.”   Jacques CHIRAC

Vie et mort d'Henri, berger héroïque

endre.pngHommage à un enfant du pays disparu tragiquement

Il était berger dans le Var et s'appelait Henri Firn. Dimanche, il a trouvé la mort, emporté par les eaux, pour avoir voulu mettre à l'abri ses brebis.
« Sous la carapace, il y avait quelqu’un de très humain », raconte Myriam Robbe, première adjointe au maire de Saint-Paul-en-Forêt.
La retraite est pour bientôt. À 63 ans, il est temps. Cet été, il confiera son troupeau à une éleveuse qui porte le joli prénom de Souad, même si, au fond de lui, il aimerait poursuivre encore un peu. Ses brebis, il les aime. Au café de Saint-Paul-en-Forêt (Var), on dit même qu'il préfère leur compagnie à celle des humains. Et rien dans son caractère ne vient contredire ce jugement. « Rustre », « rustique », « solitaire » sont les mots qui reviennent quand il s'agit de le définir. Mais la perspective de tout arrêter l'effraie un peu moins depuis qu'il s'est mis en tête d'écrire un livre « sur sa vie et son savoir-faire », qu'un professeur de l'Inra a promis de préfacer.
Seulement, depuis ce maudit dimanche 1er décembre, c'en est fini de tout : des bêtes, des prairies, des bois et des rêves d'écriture. Henri Firn est mort dans l'habitacle de sa voiture emportée par les eaux au niveau d'un gué sur la rivière de l'Endre. Dimanche soir, autour de 18 heures, alors que la pluie tombait abondamment sur le département, classé en vigilance rouge pluie-inondations, Henri a fait du Henri : il a voulu vérifier si son élevage de wurt (une race de moutons d'Alsace haute sur pattes, résistante au froid comme aux fortes chaleurs) était en sécurité sur sa prairie entourée de filets.
La pluie tombait, des orages grondaient
Des filets car, outre les intempéries, le loup rôde. Il y a eu récemment une attaque et c'est pourquoi Henri a fait poser cette clôture. 18 heures, donc. La pluie tombait, des orages grondaient, tandis que le berger faisait ses dernières vérifications, comme un parent trouverait encore une excuse pour ne pas quitter la chambre de son enfant qu'il sait inquiet. Il était accompagné de Souad, bergère elle aussi, la cinquantaine, qui, depuis plusieurs mois, travaille à ses côtés pour assimiler les particularités de cet élevage, dont elle aura bientôt la charge, à la retraite d'Henri. Il y avait aussi un de ses chiens, un patou, que le berger a lui-même élevé pour la protection du troupeau.
Vers 18 h 30, Henri venait enfin de monter dans son vieux 4×4 Toyota. Et Souad dans le sien. Elle a démarré la première.
Au niveau du gué, Souad a vu la rivière gonflée. Elle s'apprêtait à descendre de son véhicule pour prévenir Henri du risque, quand celui-ci a continué, passant devant elle, téméraire. Tout d'un coup, le niveau a monté et, comme sous l'effet d'une vague scélérate, l'eau a renversé le 4×4 Toyota sur le flanc, côté Henri. Souad s'est alors précipitée sur la voiture, a cassé une vitre et maintenu la tête de son ami hors de l'eau durant près de 45 minutes. Il faisait noir. Les cris n'ont servi à rien. Pas un habitant dans les environs.     
Le téléphone de Souad, en outre, n'affichait pas de réseau.
Henri ne sera extrait que le lendemain
La pluie a redoublé, le niveau de l'eau a encore monté. Épuisée, la bergère a laissé Henri le temps de monter sur une colline à proximité où elle trouvera du réseau. Elle a d'abord appelé les secours, puis Pascal Thavaud, ingénieur au Centre d'études et de réalisations pastorales, qui supervise la passation de l'élevage d'Henri. Pendant ce temps, le 4×4 a glissé, emporté par les eaux. Arrivés sur les lieux, gendarmes et pompiers ont peiné à localiser le véhicule. Grâce aux aboiements du patou, ils ont finalement pu le repérer. Pour éviter qu'il soit de nouveau déplacé par le courant, le 4×4 a été sanglé à distance, mais le corps d'Henri n'a pu être extrait immédiatement. Il le sera seulement le lendemain, à 14 heures. Il a fallu, pour cela, une unité de plongeurs.
Et c'est ainsi que tout un village pleure son berger. Henri était arrivé à Saint-Paul-en-Forêt dans les années 1980, las de l'enseignement à l'école des bergers de Rambouillet. Il a voulu changer de vie et mettre en application son savoir-faire, celui du pastoralisme, un mode d'élevage en pâturages naturels vieux de 8 000 ans. Il s'était installé dans une sorte de cabane améliorée dans la forêt de Bagnols. Avec son millier d'ovins, des wurt venant de son « pays » de naissance, l'Alsace, Henri a accompli une véritable œuvre d'intérêt général, ici, en pays de Fayence. Son troupeau a permis d'ouvrir des paysages, de débroussailler le bord des routes de 25 mètres de chaque côté, selon les normes anti-incendies, d'assurer l'entretien des prairies, de maintenir une biodiversité… « Dans le département, c'était un pionnier. Je perds un compagnon de route. Nous avions prévu de nous voir cette semaine pour planifier la transition de son élevage. Je suis effondré… », confie Pascal Thavaud.
« Il avait le cœur sur la main »

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Grâce au revenu de la PAC et à la vente de moutons reproducteurs, Henri avait un revenu convenable. Il avait également ce franc-parler qui le distinguait et qui s'illustrait jusqu'en mairie, où il n'était pas rare de l'entendre rouspéter. Avec lui, paraît-il, « c'était parfois viril ». Mais, dans le fond, bien qu'il adore ses animaux plus que tout, il était toujours prêt à aider si on le lui demandait. « Il avait le cœur sur la main », témoigne Christian Louis, conseiller intercommunal. « Sous la carapace, il y avait quelqu'un de très humain », ajoute Myriam Robbe, première adjointe au maire de Saint-Paul-en-Forêt.
Au bar, il discutait avec les chasseurs comme avec les forestiers. Puis, quand il avait fini de prendre des nouvelles, il retournait auprès des siens, de ce bétail qui était, avec l'étude de la flore locale, sa réelle passion.
Pas étonnant donc, si, depuis le drame, son troupeau a été pris en charge par les bergers du coin. Il a fallu déplacer les moutons, les sécuriser et les nourrir. Souad est sous le choc, mais tout le monde espère qu'elle prendra bientôt le relais de l'éleveur défunt à la tête de l'exploitation. Comme prévu. Souad a, paraît-il, elle aussi, un sacré caractère et un cœur gros comme ça. D'où il est, Henri sait que ses brebis seront entre de bonnes mains et que, grâce à ses soins, toutes sont sorties indemnes de cette nuit de cauchemar.

par Saïd Mahrane, publié le 03/12/2019 à 12:29 sur lepoint.fr


Date de création : 04/08/2022 @ 16:06
Catégorie : Notre commune - Histoire, art et culture
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